Les Nuits menacées, épilogue…

Dans l’affaire des Mille et une Nuits, le Procureur général ‘Abdelmaguid Mahmoud a décidé le 7 juin 2010 de « classer les investigations »,  opposant ainsi une fin de non-recevoir au collectif d’avocats à l’origine de la plainte.  A noter que lesdits avocats se font appeler  Muhâmûn bilâ quyûd ( « Avocats sans entraves »), qu’on pourrait également traduire par « Avocats déchaînés » quand on sait qu’ils réclamaient non seulement que l’oeuvre soit retirée du marché, mais aussi que les responsables de la collection (publique) à l’origine de la réédition soient jugés au pénal, exposant ces derniers à une peine d’emprisonnement.

L’ordonnance de classement précise que

« cette oeuvre est imprimée depuis près de deux siècles [décryptage:  le fait que les plaignants semblent la découvrir maintenant permet de se figurer l’étendue de leur culture], que les Nuits ont été rééditées à de nombreuses reprises sans que la censure y trouve à redire, s’agissant d’une oeuvre du patrimoine qui est à mille lieues de l’idée d’attenter aux bonnes moeurs et de stimuler les bas instincts. »

Cette oeuvre doit donc rester accessible car elle

« représente un objet d’études utile et une composante essentielle de la culture populaire, au point d’avoir elle-même donné naissance à de nombreuses créations grandioses et inspiré maints grands écrivains pour écrire leurs chefs-d’oeuvre. »

Pour finir, le Parquet rappelle que

« ces motifs ont déjà été exposés en 1985 par le tribunal compétent lors de l’examen d’une plainte similaire »

et que

« la plainte actuelle n’apporte rien de nouveau à cette affaire qui s’était soldée par un non-lieu. »

C’est donc le soulagement dans les milieux intellectuels égyptiens qui,  il faut le dire, s’étaient remarquablement mobilisés pour la défense de la liberté d’expression et la libre circulation des oeuvres.  La vigilance reste cependant de mise car le dénouement n’aurait sans doute pas été aussi heureux s’il s’était agi d’une oeuvre contemporaine –  les Nuits ayant, en quelque sorte, été « sauvées » par leur appartenance indiscutée au patrimoine culturel arabe.

© Khaled Osman

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