Les corps célestes
 roman de Jokha AlHarthi
 
traduit de l'arabe (Oman) par
Khaled Osman




Une lecture dont j’attendais beaucoup, et qui m’a vraiment déstabilisée. En effet, la narration de l’histoire n’est ni linéaire, ni chronologique, et on change de protagonistes à chaque chapitre.

Awafi, petit village d’Oman, une famille a trois filles à marier, ainsi que des ancêtres avec une histoire compliquée, et des esclaves, et anciens esclaves avec un passé lié au leur. C’est toutes ces personnes qui vont nous raconter un bout de leur vie. Je suis incapable de faire un résumé, tant les personnages sont nombreux, ainsi que les lieux et les époques … Néanmoins, l’autrice s’attarde un peu plus sur les trois sœurs très différentes les unes des autres: Maya, la plus déterminée, Asma, la plus érudite, et Khwala, la plus séduisante. Elles ont des convictions incomparables...

Un roman choral, complexe, qui raconte des bouts de vie des différents membres d’une famille, et de son entourage proche.
L’autrice a opté pour une construction originale, très déroutante à mes yeux et en même temps assez intrigante pour me donner envie d’aller jusqu’au bout!
Un vrai dépaysement, et la découverte d’une civilisation totalement inconnue!
Je l’ai refermé un peu frustrée car la fin ne m’a pas apporté les réponses que j’espérais, et au contraire amène de nouveaux questionnements...

Une lecture vraiment pas évidente, et surtout culturellement enrichissante!

Avis de Scarlett21 sur le blog Mes petites lectures, mars 2021


Une lecture pas toujours facile, mais culturellement enrichissante. N’est-ce pas ce qu’on attend d’une lecture... ce dépaysement, cette découverte d’une culture méconnue, et aussi d’une forme d’écriture originale?

J’avoue que j’ai cherché avant tout à situer sur une carte où se trouve le territoire d’Oman et à donner une place à cet "à peu près c’est là".J’ai eu quelques difficultés à repérer les liens qui unissent tous les personnages, un arbre généalogique m’aurait sans doute aidé, mais de crainte que me mémoire me trahisse, elle le fait parfois, j’ai pris beaucoup de notes. C’était, me semble-t-il, important car la narration n’est pas linéaire, ni chronologique.

L’écriture est faite de petits chapitres de une à 4-5 pages présentant un personnage, une action, qui seront importants pour situer un autre chapitre, un autre personnage, une autre action plusieurs pages après ou... déjà lues!

Amateurs de puzzle, bonjour!
Oui mais un puzzle sans image permettant de situer la pièce du puzzle par rapport à l’image générale, l’action ou le personnage…il vous appartiendra de relier les chapitres, les actions ou les noms entre eux….

Brouillon, non bien sûr ! mais exigeant cependant de la part du lecteur. Ce n’est pas un livre qu’on peut lire en ayant la tête ailleurs. C’est sans doute pour cela qu’il fut récompensé en 2019 par le Man Booker Prize International: pour la forme d’écriture et pour la découverte d’une culture méconnue, (en ce qui me concerne) celle de l’État d’Oman en bordure de l’Océan Indien, la vie d’une famille depuis les années 80 jusqu’à nos jours.

Une famille omanaise de notables, des hommes et femmes et de leurs esclaves affranchis.
Des esclaves – faisant pour certains référence à des proverbes originaux – en provenance d’Afrique qui firent la fortune de certains, esclaves qui permettaient aussi de découvrir les joies du sexe, quand on avait la chance d’être le fils du maître..donnant naissance à des bâtards.

Depuis l’esclavage a été aboli, les esclaves sont devenus des serviteurs, qui se permettent parfois de répondre au maître de maison.
Familles soumises au père et au mari... et à la religion, s’appuyant sur la tradition, mais ouvertes à la modernité.

Certaines femmes décident du nom de leur bébé, un nom sans aucun lien avec la tradition, des filles vont étudier en Angleterre, afin de devenir médecins. Des femmes parviennent à imposer et à épouser celui qu’elles aiment et d’autres doivent faire avec celui que le père a choisi pour elles. Et finalement, tradition et modernité, soumission et émancipation, luxe et pauvreté sont autant de contradictions et d’oppositions qui font cette société, cette lecture.

Oui c’est une découverte littéraire, pas facile, je le concède, la découverte d’une femme auteure, portant foulard traditionnel et quand même professeur d’université.

Critique de Jean-Pierre Vialle sur le site Babelio, mars 2021

      


Dans le village d’Awafi, à Oman, une famille traverse amours et deuils au fil des générations.
"Et ma tristesse à moi, qui s’en attristera ?" (p.9) Maya, Abdallah, Salima, Zarifa, Asma, Khaled, Azzane, Najeya, Khawla, Hanane, Senjar, Chenna et tous les autres, voisins, serviteurs et amis se rencontrent, se mélangent, se trahissent. Les secrets de famille ne restent jamais enfouis pour toujours, même sous la poussière infinie du désert. Et entre ce que les parents veulent pour leurs enfants, sans demander l’avis de ces derniers, et ce que se permet la jeunesse, il y a un fossé. "Les jeunes de maintenant, plus rien ne leur plaît." (p.156) Tradition et modernité se côtoient sans se confronter vraiment, mais sans se comprendre.


Avec sa chronologie non linéaire qui ménage avec habileté les révélations et ses chapitres répartis entre plusieurs voix, le roman de Jokha Alharti est admirablement construit. Les prétéritions montrent combien le futur tout entier est contenu dans chaque instant, dans chaque commencement. Pour autant, les souvenirs hantent le présent. Cependant, je ne sais pas si cela tient à la traduction [ndlr: j'espère que non!], mais j’ai trouvé le style assez plat, voire pauvre par endroit. Cela me déçoit d’autant plus que ce roman est le premier lauréat du Man Booker International Prize traduit de l’arabe. Ce prix fait partie des plus prestigieux de la place littéraire mondiale et j’aurais aimé comprendre pourquoi il a couronné ce livre. Ce dernier est loin d’être mauvais, mais je n’y trouve pas la matière qui mériterait d’être récompensée. Cela dit, les goûts et les couleurs...


Critique de Lili Galipette sur son blog, janvier 2021