Le pays du commandeur, roman de Ali al-Muqri

traduit de l'arabe (Yémen) par Ola Mehanna et Khaled Osman




C'est la première fois, sauf oubli de ma part, que je lis un auteur yéménite et je suis ravie de ma découverte. J'ai aimé ce roman. Il porte, avec légèreté, un thème lourd à évoquer car il est politique, très politique. C'est la description d'un pays dirigé par un Vénérable dictateur - je pense à la Libye sous Khadafi.

Le roman
ne pèse pas, ne lasse pas. Il est facile d'accès, agréable à lire. Il y a, chez lui, comme une douceur qui séduit. Il y a de l'humour qui ne s'affiche pas. C'est fin, délicat, adroit et intelligent. C'est, je trouve, une façon originale d'évoquer le sort d'un homme devenu dictateur car il a perdu pied en se pensant supérieur à son peuple et qui finit dans la merde, misérablement piétiné par ceux-là même qu'il méprisait.

Je conseille même si je pense qu'il ne séduira pas forcément tout le monde.



Lecture de Heval sur le site Babelio, janvier 2021


Le romancier égyptien Ali, vient tout juste de perdre la course au prix littéraire Shéhérazade qui lui aurait permis de gagner l'argent nécessaire au traitement de son épouse atteinte d'un cancer, et d'acquérir ce surplus de notoriété qui lui aurait assuré un avenir radieux.
Contacté par le Commandeur, dirigeant dictateur de l'Irassibye, Ali accepte de rédiger la biographie de cet être suprême qui règne brutalement sur son peuple asservi.

Ce roman décrit la genèse de cette biographie, les réunions interminables avec le comité de lecture pour en définir le plan puis les titres des chapitres, les séances de validation des textes avec le Commandeur himself, sur fond de sourdes révoltes et de germes d'opposition vite réprimés dans le sang ou par des disparitions inexpliquées.
Sans nouvelles de son épouse, Ali fait de son mieux, puisant dans les textes saints eux-mêmes pour rédiger la meilleure hagiographie possible, repoussant du mieux possible les avances de la fille du commandeur, et se faisant le plus discret possible dans sa recherches d'anecdotes pour émailler son texte de vrais éléments biographiques.
Au fil de ses découvertes, son objectif sera de sauver sa peau, et d'obtenir des nouvelles de son épouse...
La fin sera tragique...

Toute ressemblance entre la vie du Commandeur et celle d'un dictateur des rives de la Méditerranée n'est bien évidemment que pure coïncidence!
Un court roman qui aurait gagné  à être plus long pour donner davantage de corps aux personnages secondaires, la cuisinière notamment, bien que ce format court donne davantage de force à la description succincte des horreurs.
Un roman d'un auteur yéménite que j'ai été surpris de trouver sur la table des nouveautés de ma médiathèque ... à qui je vais conseiller d'acquérir d'autres ouvrages d'Ali Al-Muqri!



Lecture de Bill sur le blog Les lectures de Bill et Marie, juillet 2020


Suite à une fatwa dirigée contre lui, après la parution de Femme interdite, l'écrivain yéménite Ali al-Muqri a dû fuir son pays en 2015. Désormais installé en France, son nouveau roman, censé se passer dans une contrée imaginaire du Moyen-Orient, est une critique acerbe et volontairement caricaturale (mais jusqu'à quel point ?) d'un régime autocratique où chaque citoyen est prié de chanter les louanges de son Commandeur alors que sa cour se prosterne devant son génie et n'ose le contredire, de peur de finir assassiné.

Ce pays ressemble un peu à la Corée du Nord, en plus orwellien encore mais l'auteur l'a placé dans le monde arabe, en profitant pour exagérer à dessein les dérives anti-démocratiques des dirigeants de la région. Toujours aussi doué pour concocter des histoires malicieuses qui tiennent un peu des contes des mille et une nuits, en plus barbare cette fois-ci, al-Muqri a choisi la plume d'un narrateur venu d'Égypte pour écrire un livre sur les hauts faits et la grandeur dudit Commandeur. Un écrivain un peu mal à l'aise par rapport à cette mission, mais surtout très lâche et mentalement faible dès lors qu'il faut oublier son éthique personnelle pas très compatible avec son souci de réaliser un profit immédiat.

Moins brillant que ses deux opus précédents, peut-être que parce que moins "romanesque" et plus politique, le pays du Commandeur constitue malgré tout une lecture captivante et divertissante, principalement dans son analyse piquante et sardonique de comportements humains marqués par la servilité et l'absence de courage.


Lecture de Traversay sur son site Cinéphile m'était conté, avril 2020