Un chien de rue bien entraîné

Roman de Muhammad Aladdin

traduit de l'arabe (Egypte) par Khaled Osman

Extrait


Copyright Editions Actes Sud, 2022


"Cet Ali descendait – quand bien même cette parenté était quelque peu sujette à caution – d’une famille aisée habitant l’un de ces quartiers populaires qui se piquent de brandir les valeurs de chevalerie et de virilité à la face des petits minets de la classe moyenne.
Pour constituer sa fortune, cette famille avait fait main basse sur le marché des bas morceaux de boucherie, du genre tripes et autres abats, ce qui dénotait de leur part une force physique certaine et une dextérité extrême dans le maniement des armes tranchantes.
Si l'on s’accorde sur le fait que chaque individu a son vice, alors nul doute que le vice d’Ali L’Amande était les femmes: il avait une véritable passion pour tous les spécimens de l’espèce homo sapiens pourvus d’une chatte. Il s’était bâti une réputation dans tout le secteur comme un débauché de première grandeur, que rien ne pouvait dissuader de s’adonner à sa passion exclusive.
On disait qu’il savait se montrer reconnaissant envers les «pouliches» qui déféraient sans retenue à tous ses caprices. Celles-là, il n’hésitait pas à les couvrir de cadeaux, depuis les délicieux abats qu’il offrait gratuitement en vue d’engraisser la cliente, en passant par les puces de téléphone et les invitations à manger au restaurant et à fumer la chicha, et jusqu’aux bijoux en or et aux cadeaux en nature.
Cette réputation suscitait la colère de son père, le hagg Mahmoud L'Amande. Ce dernier n’était pas trop gêné que son deuxième fils convoite tout membre de la gente féminine se mouvant à la surface de la planète, non. En revanche, ce qui l’irritait profondément, c’était le gaspillage auquel il se livrait."