Le
Caire
à corps perdu
Roman de Khaled Osman,
éditions Vents d'ailleurs, 2011 /
Les Défricheurs 2024
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Il y a indéniablement beaucoup de
Khaled Osman, franco-egyptien et
traducteur de son état dans le héros
perdu de ce beau premier roman.
Sans doute révait il de redécouvrir
le Caire et sa folie comme au
premier jour, prêt à tout goûter, à
tout aimer, les hommes, les femmes
et l'histoire.
Ce livre est
un bel hommage à cette ville et à
la culture pleine de métissage qui
l'a façonnée, l'intrigue sur fond
d'amnésie prend au fur et à mesure
des pages une vraie consistance et
on se surprend à se passionner
pour l'avenir incertain de ce
héros atypique. On souhaiterait
presque parfois que Osman prenne
encore plus de liberté et de
risques, et que
l'admiration et la fréquentation
assidue des grands auteurs ne
l'empêchent pas d'aller encore plus
loin.
Lecture de disch
sur le site Babelio, décembre 2024
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"S'il avait une conscience aiguë
du moindre de ses mouvements, de
la moindre de ses sensations, il
était tout à fait incapable de
dire qui il était et quelle
circonstances l'avaient conduit
ici."
Une plume riche, passionnante et
profondément intéressante!
Cet auteur, davantage connu pour son
incroyable travail de traducteur (il
traduit notamment les romans de
Samar Yazbek que j'affectionne
particulièrement!) mérite bien plus
de reconnaissance en tant
qu'auteur et je regrette
profondément qu'il ne soit pas plus
célèbre et recommandé!
Comment vous dire? Eh bien, c'est
simple: à travers l'amnésie de son
personnage principal, un Egyptien
vivant en France et qui perd la
mémoire lors de son arrivée au pays,
il nous retrace l'Histoire de
l'Égypte de ses dernières années en
abordant la politique, les
gouvernements successifs, la
question palestinienne,
l'opposition…
"Dans les journaux d'opposition;
le ton était bien moins déférent.
Il s'étonna du franc-parler des
critiques exprimées conte le
régime en place, impensable du
temps de Farouk ou de Nasser, ni
même du temps de Sadate, qui
n'avait libéralisé les partis
politiques que pour mieux contenir
et dissoudre son opposition de
gauche. Comment en était-on arrivé
à une telle liberté d'expression?
Que s'était-il donc passé pendant
les quelques années où il s'était
absenté ? Bien sûr, le régime au
pouvoir n'était pas assez
suicidaire pour donner à ses
opposants les moyens de le
renverser: il savait mettre des
garde-fous là où il le fallait,
notamment quand les critiques
s'approchaient trop près de la
personne du leader..."
Ce texte a de
l'étoffe, une voix propre aussi,
un ton très franc et libre!
J'ai aimé cela, ce côté non muselé mais
présenté avec
beaucoup de finesse et de justesse...
Tout comme la réflexion liée aux
sentiments d'un homme vivant dans un
pays dont sa famille n'est pas
originaire... C'est riche, profond,
instructif! "...mais toujours
cette impression de n'appartenir à
aucune collectivité, de n'être
chez lui nulle part, d'avoir le
mal du pays où qu'il se trouve. Au
fond, il n'a jamais su trouver sa
place, et ce qui lui arrive en ce
moment ne fait qu'entériner
tragiquement un état de fait
préexistant."
Et puis, en toile de fond, le Caire:
ville cosmopolite, vivante,
représentant à elle seule tout le
peuple égyptien... "C'est simple,
le Caire ne dort jamais: à toute
heure du jour et de la nuit, tu
trouveras un endroit qui veille!
Et puis il se passe pas une
semaine sans qu'un nouveau lieu
ouvre ses portes: un marchand de foul
ou de kochari, une
boutique de jus de fruits qui
propose un nouveau cocktail, une
péniche transformée en salle de
spectacle."
Un auteur qui
mérite d'être lu largement!
Une écriture prenante et follement
enrichissante!
Un roman que je vous recommande
vivement!
"In kheles el-foul, ana gheir
mass'oul... Si y a plus de fèves
dans le chaudron, ne tirez pas sur
le patron." Ce sera le mot de
la fin: dévorez-le jusqu'au bout 😉
Lecture de
read_to_be_wild sur le site Babelio,
juillet 2023
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Suspense
et dépaysement assurés, immersion dans la
mégalopole du Caire, ce roman, passé
inaperçu à sa sortie, nous vaut de très
belles pages. Embarquez-vous, avec ou sans
mémoire, pour le Caire, vous ne le
regretterez pas.
Lecture de
Littleone sur le site Babelio, juin 2016
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"Je suis plongé depuis hier dans votre
"Caire..." J'y prends un grand plaisir.
[...]
Plus je lis plus je me vois à travers le
personnage. Je nous vois, nous
tous qui avons vécu ce choc du retour. Et
surtout cette phrase tant
attendue [à l'aéroport]: "Men asl
masri?"["D'origine égyptienne?"]
L'atmosphère est
lourde, les personnages de la "pension"
tellement criants de vérité. Je
continue d'être très touché.
[...]
J'ai terminé la lecture du "Caire à corps
perdu", et j'ai accompagné
"Nassi" durant toute sa randonnée égyptienne
[...]. Evidemment j'ai adoré ce roman,
comment imaginer le contraire? Coïncidence, il y
a deux ans j'ai aussi
publié une sorte de récit qui s'intitulait Les nuits du Caire
et qui
racontait le retour aux sources d'un certain...
Karim. Comme quoi, notre
attachement à l'Egypte est une maladie
chronique!
Un vrai plaisir de lecture. Plus que
ça: un voyage troublant et merveilleux.
Chapeau!"
Commentaires
de
l'écrivain Gilbert Sinoué, livrés à l'auteur
au fil de la lecture du
roman, mai 2014
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Bonjour, je vous livre
mon commentaire après avoir fini la lecture
de ce livre:
Votre livre m'a beaucoup plu, vous avez une très
belle écriture ciselée et
imagée qui rend la lecture très
agréable.
L'histoire
que vous
racontez est à mon avis carrément passionnante,
à
la fois celle de Nassi qui court après sa
mémoire - sans trop chercher
à la récupérer - et celle de cette Egypte
entre modernité et tradition.
Vous rendez un bel hommage à
votre pays, mais sans complaisance,
et vous nous donnez une photographie
intéressante du
Caire, vue de l'intérieur.
Mais - et j'ai envie de dire plus que tout -
vous nous donnez un magnifique texte d'amour de la
littérature, de la langue arabe,
votre travail de traducteur n'y est sans doute
pas étranger. Bon,
maintenant j'attends la suite, qui est
vraiment Nassi et que va t-il
faire de cette année qu'il se donne? à votre
plume!
Merci beaucoup pour ce beau livre que vous
nous avez donné à lire.
Avis de
Françoise Hervé
sur la page Facebook consacrée au roman, 28
avril 2014
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J’ai
fini la première partie du Caire à
corps perdu, et j’aime
cette prose naturelle, humoristique et
chaleureuse,
tout en me disant que les Égyptien(ne)s lui
trouveraient encore
d’autres qualités fondées sur la
connaissance du quotidien présent dans
le récit.
Quoi de plus naturel que de vouloir
revisiter le pays dont
on est originaire et qu’on a quitté depuis
plusieurs années? Pourtant,
à la douane, pour le capitaine Mounir,
revenir est suspect: il inclut
le risque d’introduire des idées nouvelles
dans des pratiques
anciennes, de "vouloir changer les choses"!
Le passage à la douane
est une petite comédie: on en rit après
coup, une fois les tampons
obtenus, les frayeurs de l’arbitraire
passées. Khaled Osman n’a pas la plume
cruelle
qui griffe, elle égratigne
seulement les usages, sans nuire aux
personnes. Le chauffeur de taxi se
conduit comme un voleur, mais
qu’auriez-vous fait à sa place?
L’humour
et la verve permettent à l’auteur de placer
son héros, devenu amnésique
dans une pension de famille: la gentillesse
de la patronne, les
traditions d’accueil, et les plaisanteries
étudiantes font bon ménage.
Le récit est donc chaleureux et malicieux,
épicé aussi quand le
contexte le mérite.
***
Que
faut-il lire dans les journaux égyptiens? La
caricature de la page
deux: elle donne la clé pour décrypter
toutes les informations, c’est
la clé de voûte de "l’humour
dévastateur et de l’autodérision
égyptienne":
"Les
faits divers du jour donnaient à voir des
enquêtes criminelles déjà
élucidées (les autres n’avaient pas droit
de cité), qui toutes
mettaient en avant le dévouement et la
perspicacité des policiers
autant que l’effroyable absence de
moralité des citoyens. L’objectif
était de rendre hommage aux premiers (mais
les vertus qu’on leur
attribuait étaient tellement à rebours de
ce qu’on leur connaissait que
plus personne n’y prêtait attention) et de
dissuader les seconds (mais
comme les lecteurs se débattaient dans des
difficultés considérables,
ils avaient tendance à s’identifier aux
malfaiteurs davantage qu’aux
victimes, et voyaient plutôt dans ces
récits un réservoir d’idées
ingénieuses).»
Voila
une bonne
connivence qui me décide à aborder de
bonne humeur la 2e partie !
***
Je
suis très intéressé par ce récit qui mêle
des poèmes, des passages de
romans, des synopsis de films, en parallèle
avec des situations du
roman. N'oublions pas que l'auteur est
traducteur et au courant de la
vie culturelle égyptienne.
A la fin de l'ouvrage, les extraits sont
identifiés (ils ne peuvent l'être au cours
de l'action car le
personnage est amnésique, même si des
extraits d'oeuvres lui reviennent
en mémoire).
***
Khaled
Osman présente, par l’intermédiaire des
savoureuses aventures de son
personnage, un panorama "légèrement
critique" de l’Égypte officielle de
Moubarak, prompte à suspecter tout le monde,
à l’image du capitaine
Mounir, qui hait les pousse-crayons à
l’esprit torturé": "Il
avait toujours détesté la littérature, les
poètes, les philosophes, les
scribouilleurs de tout poil. Et maintenant
les traducteurs ! Pour qui
se prenaient-ils, ces drogmans tout juste
bons à accompagner les
groupes de touristes dans leurs promenade
en chameau ?".
Il
égratigne en passant les fonctionnaires qui
se livrent lucrativement au
trafic de papiers, les mouchards chargés de
surveiller les Égyptiens à
l’étranger [Alaa el Aswany les mentionnait
dans Chicago, chez Actes
Sud], les dévots/délateurs obsédés par
l’usage de l’alcool etc.
L’interdiction
de l’alcool dans l’islam, que tout le monde
tient aujourd’hui pour
acquise "n’est pas toujours allée de
soi", sinon ce verset du
Coran: "Tenez-vous
éloignés de la prière quand
vous êtes ivres..." n'aurait
pas lieu d'être.
Au
lecteur de percevoir ces critiques, et de
s’interroger à la fin du
récit sur l’identité de l’exilé par rapport
à l’Égyptien résident,
comme sur celle du traducteur par rapport à
l’auteur; question
pertinente pour Khaled Osman qui, dans ce
premier roman je crois,
associe à son entrée personnelle en
littérature, nombre d’auteurs comme
Gamal Ghitany que nous connaissons grâce à
lui.
L'auteur déclare dans un entretien au
quotidien El Watan:"C’est
un roman sur la quête de l’identité, avec
la particularité que
cette quête s’effectue sous la
double contrainte de la nécessité
et de l’urgence, puisque le
personnage doit retrouver le plus vite
possible les éléments de sa personnalité,
sous peine de rester dans une
indétermination douloureuse.
Cette nécessité et cette urgence font que
la quête s'apparente à une enquête
policière."
***
Oui, ce
n’est pas une simple
promenade au Caire, mais une exploration
de la condition de l’exilé,
une quête de sa vraie identité,
peut-être liée à ses racines, et
au sentiment d’une appartenance à laquelle
il décide d‘adhérer.
J’y
vois aussi,
mais c’est ma propre optique, le
passage réussi d’un traducteur,
passeur des écrits de très
grands écrivains, comme nous le savons, vers sa
propre personnalité
littéraire. Khaled Osman fait, avec ce
premier roman, son entrée dans
la cour des grands.
Avis de Rotko sur le site de lecture "Grain
de sel", déc 2012 - jan 2013
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Je viens de terminer Le Caire à
corps perdu,
et j'ai pris le temps, beaucoup de temps
pour m'y perdre, accompagnée
de Nassi et tous les personnages. Cette
quête résonne particulièrement
en moi.
Ne
rien dévoiler ici, si ce n'est la
délectation de la lecture, la puissance du
propos, les petits cailloux
blancs, réminiscences littéraires ou
filmographiques, les croisements
de chemins, de pensées, la joyeuseté
absolue, et la drôlerie qui
transparaissent au delà d'une analyse sans
concession, précise et
tellement humaine.
Je
le digère, ou plutôt non, je le
saisis, m'en empare, et y retournerai,
souvent. Merci pour les
notes à la fin de l'ouvrage..
A lire absolument.
Au risque
de se perdre...!
Merci
Khaled Osman
Avis
de Christine
Claude (écrivain jeunesse) sur le blog Publishroom, 19
sep
2012
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Votre
livre est passionnant à
plus d'un titre.
Il
donne
à voir, à sentir, à comprendre un pays
en même temps que son
narrateur.
De
la
peur, de l'incompréhension, de la
frénésie et une
forme
d'empathie et d'attachement pour
une ville fascinante et multiple.
La
fable,
le conte y ajoutent une forme de
merveilleux et de culture
sensible.
En outre, l'écriture
est pleine de références
littéraires
amenées sans lourdeur.
Avis de
Christine Ferniot (critique
littéraire à Télérama) dans un message à
l'auteur, 30 mars 2012
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Nous
avons
dévoré ce livre, il y a du suspense
et les anecdotes
concernant la vie au
Caire sont à la fois drôles
et
réalistes.
Les personnages
sont attachants, en
particulier
l'archiviste Raouf Effendi.
Nous
sommes heureux
de vous avoir découvert. Ecrivez
encore!
Avis
de Victor
et Marguerite B dans un message
à
l'auteur, 6 décembre 2011
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L'impression
générale que votre lecture me laisse,
c'est une grande légèreté, au
sens
aérien, tout en traitant de maints
sujets qui sont loin de l'être
(légers).
Le
pédopsychiatre René Diatkine, qui a
longtemps travaillé sur les vertus
de la lecture pour les enfants, ce que
la lecture leur permet leur
transmet, dit qu'une bonne histoire
est "ronde" au sens de circulaire,
la fin rejoignant le début en une
forme spiralaire (comme les vertus
espérées de la psychanalyse en somme,
à la fin, être le même
autrement). Voila ce qui me vient à
l'esprit en pensant à votre livre
[...]
J'aime
votre
distance impliquée, à commencer par la
nokta
* (j'ai enrichi mon vocabulaire
arabe!) que vous pratiquez de belle
façon, et puis cette entrée sur les
prénoms chargés de sens, dont vous
faites un moment délicieux et plein
d'humour comme on se moque de son
trésor, jusqu'au choix du prénom de
l'anonyme héros!
Le
passage de l'apprentissage de la
langue arabe introduite par le choix
du livre qui en sera le vecteur est
un moment émouvant, fort et juste à
mon sens.
Et puis le paradoxe de l'usage [par
les Chrétiens d'Egypte] de la
croyance pharaonique ancienne pour
mieux la détruire [...]
Je
ne passerai pas sous silence vos
propos (tant d'actualité) sur le choix
- ou le non-choix plutôt - de
l'évolution du monde, du monde
oriental
en particulier, du déracinement, du
clivage, de sa douleur et de ses
richesses aussi, telles que les
langues et les gens qui les parlent.
et
l'enfance et la famille, celle qu'on a
et celle qu'on se fait, comme
dans cette pension de famille entre Escalier
C et La vie
mode d'emploi.[...]
Il
est très
beau ce nécessaire oubli de soi.
Et même s'il ne dure pas
une année, la lecture offre cette
opportunité, sans
avion/douanier/taxi, mais aussi hélas
sans thé à la menthe, sans cognac
ni foul**.
[Pour conclure, je] trouve que c'est
un
superbe roman dont la légèreté
de l'écriture, l'humour et
l'humanité rehaussent les propos, le
regard
tendre et inquiet aussi, parfois,
que vous posez sur l'Egypte, le
monde
arabe, le monde... Une balade
géographique, littéraire et
introspective, où le particularisme
renvoie à l'universel comme il est
des bons romans!!! Bref, j'ai
beaucoup aimé votre livre!
Avis
de Nadia
Roman (écrivain jeunesse)
dans un message à
l'auteur, 28 octobre 2011
* Plaisanterie
typiquement égyptienne
mêlant
sarcasme et autodérision.
** Fèves marinées
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La quête d'identité du
héros du Caire
à corps perdu
de Khaled Osman (Vents d'ailleurs) est encore
plus radicale mais tient
aussi du conte, puisque, débarquant dans la
capitale égyptienne après
de longues années passées en Europe, le
narrateur est soudain frappé
d'amnésie. La patronne et les hôtes de la
pension populaire où il
trouve refuge vont l'aider dans son enquête
sur lui-même, au sein du
joyeux chaos de la métropole et malgré la
paranoïa du pouvoir de
Moubarak. Parce que cet amnésique ne se
souvient que des films, des
poèmes et des romans qu'il a aimés, ce roman
illustre l'adage: "La
culture, c'est ce qui reste quand on a tout
oublié".
Avis
d'Elisabeth
Lesne (membre du prix littéraire de la Porte
Dorée)sur
le site de la
Cité nationale de l'histoire de
l'immigration, 27 septembre 2011
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Le Caire de ce
roman rappelle un peu, par son
omniprésence, le rôle que jouait Bombay dans
le Nocturne indien
d’Antonio Tabucchi, si ce n’est que le héros
n’est pas un touriste à la
recherche d’un ami perdu mais un enfant du
pays qui a décidé d’y
retourner après de longues années passées en
Europe. Peu après son
arrivée, Un incident va l’obliger à partir à
la recherche de lui-même.
Le thème de l’amnésie a déjà été abondamment
traité en littérature,
mais il est abordé ici d’une manière assez
originale: l’oubli, qui a
emporté les souvenirs les plus élémentaires du
personnage principal, a
miraculeusement épargné les textes et les
images qui ont marqué sa
sensibilité. C’est l’occasion de quelques très
belles pages sur le goût
de la poésie, l’apprentissage de la langue et
la découverte des livres
; on peut sans doute y voir également un
émouvant tribut de l’auteur -
jusqu’ici traducteur littéraire - aux poètes
et auteurs arabes de son
panthéon.
Le
personnage principal, contraint de se lancer
dans une quête sur son identité est lui-même
- sans le savoir - la
cible d’une enquête policière assez
improbable, qui jette une lumière
crue sur la paranoïa d’un régime prêt à
mobiliser tout son appareil
policier dès lors que quelqu’un est
soupçonné de vouloir le renverser.
Ayant grandi entre deux cultures, le
protagoniste porte un regard à la
fois affectueux et ironique sur les
évolutions politiques, mais aussi
sociales et religieuses traversées par
l’Egypte.
Au
fil de ces deux enquêtes parallèles, on
plonge en immersion totale
dans
le joyeux chaos de cette mégalopole du
Caire, en chantier permanent,
accablée par le gigantisme et la
pollution. Mais ces fléaux sont
pourrait-on dire transcendés par la
chaleur humaine qui se dégage des
personnages (mention spéciale à Sett
Baheyya, la patronne de la pension
où il a été recueilli, et à Faouzi, bavard
impénitent mais aussi
débrouillard jamais à court de ressources,
sans parler de Raouf
Effendi, le vieux fonctionnaire à
l’état-civil amoureux de ses
archives). Tous se mobilisent sans compter
pour aider le protagoniste
dans sa recherche désespérée, et on
tremble avec eux au gré des faux
espoirs, des déceptions et des nouvelles
pistes - jusqu’au
rebondissement final plutôt inattendu.
Un
roman qui combine dépaysement total et
suspense haletant - je le
conseille vivement...
Avis
de Jessica sur le site de la
librairie électronique Bibliosurf,
rubrique "Vous avez lu", août 2011
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J'ai parfois
la chance d'assister à la naissance
d'un roman... Et c'est le cas avec Le
Caire à corps perdu, de
Khaled Osman, qui va paraître aux éditions
"Vents d'ailleurs". J'ai
donc vu comment ce roman
s'affinait,s'affirmait, se modelait, se
peaufinait, se ciselait... Et c'est, au final,
un vrai coup de coeur.
De quoi
parle ce roman, en quelques mots ? On
peut dire qu'il s'agit d'un Égyptien qui
retourne au Caire après des
années d'absence mais qui, à peine arrivé,
perd la mémoire. Mais pas
toute la mémoire. Si son identité semble
s'être effacée, il reste dans
son cerveau une mémoire intacte : celle de
l'écrit, poèmes et récits
arabes qui ont bercé sa vie
Et cet
homme (presque) sans mémoire va
trouver refuge dans une pension
comme on les aime: pleine de vie,
truculente, avec des personnages
aussi attachants que haut en couleurs.
Tous vont l'aider, à leur
manière, pour qu'il retrouve la mémoire.
Mais quelle mémoire, et pour
quoi en faire ? Evidemment, c'est un
résumé trop... résumé !
C'est
un très beau roman, tonique,
savoureux, souvent très drôle.
Il
peut se lire comme une longue
et vivifiante promenade à
travers le Caire, ou comme un polar,
ou comme un instantané
de vie, ou comme une réflexion
sur la mémoire et l'identité.
C'est un peu tout ça qui fait sa
richesse, le tout servi par une
belle écriture. Je crois qu'il
me touche aussi parce qu'il
aborde, au fond, des sujets qui me
tiennent à coeur : qu'est-ce qu'une
identité? A quel pays appartient-on ?
Peut-on choisir sa terre
d'accueil ? A quoi sert la mémoire ? J'aime
ce livre parce qu'il est
baigné d'humour, de bonne humeur et de
tendresse. En un mot, il est
plein de chaleur et d'humanité (ce
qui nous fait souvent
défaut, en France, au moins dans la
littérature).
Khaled
Osman, l'auteur, est égyptien,
il a grandi en France. Il est
traducteur de très grands auteurs
égyptiens, comme Naguib Mahfouz et
Gamal Ghitany, et maintes fois
récompensé pour la qualité de ses
traductions.Le Caire à corps perdu
est son premier roman.
Avis
de
Cathy
Ytak (écrivain, traducteur du
catalan)
sur son blog, août
2011
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