Civilisation arabe: 969, année érotique

La sexualité en islam est le titre d’un ouvrage du sociologue, philosophe et islamologue tunisien Abdelwahab Bouhdiba, paru en 1975 et réédité en 2001 aux éditions PUF/Quadrige. Ce livre fait le point sur les rapport entre sacré et sexuel en islam, question épineuse qu’il analyse avec rigueur, éloquence et exhaustivité, dans une perspective à la fois historique et conceptuelle. C’est un livre d’une richesse exceptionnelle, sur lequel nous reviendrons certainement. Mais arrêtons-nous un instant sur une des notions qu’il développe, celle de mujûn:

« L’érotisme donc a [dans la civilisation arabo-musulmane] ses lettres de noblesse. Et quelle noblesse! C’est lui qui fonde en droit une véritable érotologie, science pleine et positive de la jouissance sous toutes ses formes physiques et psychiques [...] Si l’érotisme envahit la littérature, l’art, la vie quotidienne, c’est qu’il est intégré à la vision islamique du monde et qu’il se situe au coeur, non en marge de l’éthique.
[...] Le mujûn, c’est l’art d’évoquer les choses les plus impudiques et d’en parler de manière si plaisante que l’approche se mue en humour grivois. Le mujûn en principe ne devrait pas dépasser la parole. En fait, il est fantasme présent grâce à la parole. Il est onirisme, vécu collectif et libération par le verbe. »

Il y a bien sûr dans le patrimoine littéraire arabe d’innombrables illustrations de ce mujûn, à commencer par les Mille et une nuits, jusqu’aux recueils de contes grivois, en passant par les guides plus ou moins salaces à visées pseudo-pédagogiques sur les bonnes pratiques de la chair.

Mais ce qu’on sait peut-être moins, c’est que d’illustres penseurs musulmans ne dédaignaient pas s’y adonner de temps à autre, sans doute lassés par l’austérité des sujets dont ils avaient à traiter.
Bouhdiba cite à cet égard un extrait du Kitâb al-Imtaa wal-Mu’anassa (livre également divisé en nuits et dont le titre est à lui seul tout un programme – quelque chose comme « De l’octroi de la jouissance et de l’exercice de la convivialité »), d’Abou Hayyan al-Tawhidi, grand penseur, littérateur et philosophe arabe du Xe siècle.

Ce dernier y relate comment il fut sollicité par le vizir Abou ‘Abdallah al-’Aredh pour donner une série de causeries savantes:

« Le sérieux nous exténue, déclare le vizir, il a ramolli nos forces. Il nous a constipés et fatigués. Allez, livre ce que tu as à dire sur le mujûn. »

Le docte philosophe répond par le truchement d’un récit qu’il met – prudemment – dans la bouche d’un fou…

« Hassan le Fou de Koufa, alors que les débauchés étaient rassemblés chez lui pour décrire chacun les plaisirs terrestres, dit: « Je ne décrirai que ce que j’ai moi-même expérimenté. » « Vas-y! », lui dit-on.

Notre ami Hassan ne se fit pas prier trop longtemps, puisqu’il déclara aussitôt:

« Voici mes plaisirs: la sécurité; la santé; tâter les rondeurs lisses et brillantes, gratter les galeux; manger des grenades en été; boire du vin une fois tous les deux mois; coucher avec les femmes insensées et les garçons imberbes; me promener sans pantalon parmi des gens qui n’ont point de pudeur; chercher querelle aux gens maussades; ne point trouver de résistance auprès de ceux que j’aime; me frotter aux sots; fréquenter comme des frères les gens fidèles et ne point chercher la compagnie des âmes viles. »

Le texte de cette XVIIIe nuit, explique Bouhdiba, se prolonge ainsi sur dix pages, dont la lecture a fait rougir les auteurs de l’édition critique dudit Kitâb al-Imtaa parue en 1970 [Editions Dar el-Hayat, Beyrouth] – soit quelque dix siècles plus tard! Il en veut pour preuve cette inénarrable note de bas de page:

« On remarquera sans doute que l’auteur présente, dans cette nuit, du mujûn de la plus basse espèce et raconte des anecdotes viles. N’étaient-ce l’honnêteté scientifique et le souci de servir scrupuleusement l’histoire, nous aurions supprimé la plus grande partie de ce texte pour nous contenter de ce qui est fin et conforme au bon goût. »

Mon oeil!

© Khaled Osman

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Egypte: après la révolution

Même si ce blog se veut avant tout littéraire, il ne saurait passer sous silence les événements historiques qui viennent de se dérouler en Egypte. Dix-huit jours. Voilà ce qu’il aura fallu à un peuple déterminé pour venir à bout de trente ans d’oppression, d’humiliation, de vexations.

On avait entendu que l’Egypte, habituée depuis le temps des Pharaons à vénérer ses dirigeants, ne se soulèverait jamais, qu’après tout l’Egyptien, docile par nature et habitué à encaisser, continuerait à encaisser indéfiniment. Ce n’est pas ce que le monde entier a pu voir: des femmes et des hommes déterminés, qui ne se sont pas laissé amadouer par des discours lénifiants, qui sont revenus inlassablement manifester, bravant les menaces de rétorsion physique aussi bien que les appels à rentrer chez eux en s’en remettant à la « sagesse » de leurs dirigeants. Jusqu’à ce que leurs revendications soient satisfaites.

On avait entendu que s’insurger, c’était déchaîner une énergie incontrôlable, laisser s’installer la discorde entre les composantes du peuple égyptien, permettre aux plus bas instincts de la populace de se déchaîner. Ce n’est pas ce que le monde entier a pu voir: des foules se disciplinant elles-mêmes pour enrayer les débordements et éviter de donner des prétextes au pouvoir pour les réprimer par la force, des Musulmans faisant barrage de leur corps sur la place Tahrir pour permettre aux Chrétiens de tenir leur messe du dimanche et des filles chrétiennes aidant les garçons musulmans à faire leurs ablutions avant la prière du vendredi, des laveuses et des couturières main dans la main avec des étudiantes à l’université américaine.

On avait entendu que l’Egypte n’était pas mûre pour la démocratie, que le seul choix permis était entre la dictature et le fanatisme religieux. Ce n’est pas ce que le monde entier a pu voir: ce mouvement est parti de citoyens ordinaires unis par l’amour de leur pays et par leur aspiration à y vivre dans la dignité et non plus dans l’humiliation. Parmi eux, ce sont les jeunes – ceux qu’on disait insouciants et futiles -, qui ont eu le premier rôle, loin des partis politiques et des courants religieux. Ces derniers n’en ont pas été à l’origine, loin s’en faut, même si certaines de leurs composantes y ont participé après coup, ni plus ni moins que les autres. Durant ces dix-huit jours de révolution, il n’y avait que des citoyens égyptiens décidés à faire valoir leurs droits de citoyens, avec des mots d’ordre citoyens qu’aucune force politique, aucun activisme religieux n’a pu instrumentaliser ni récupérer.

Du moins  jusqu’à maintenant car, bien sûr, la route est encore longue et le chemin pavé d’embûches. Il y a fort à parier que les semaines à venir vont donner lieu à des incidents, alimentés, voire organisés par ceux qui veulent mettre en danger les acquis de cette révolution, qu’il s’agisse de tenants de l’ancien régime cherchant désespérément à prouver combien « c’était mieux » avant, ou d’extrémistes désireux de récupérer la colère populaire à leur profit. Mais quoi que réserve l’avenir, l’image de cette révolution citoyenne mettant fin à plusieurs décennies de corruption organisée et de saccage délibéré restera comme une preuve des énergies et des talents que ce beau pays a toujours abrités.

Une dernière chose:  les Egyptiens sont fiers de ce qu’ils ont accompli, mais il est important désormais qu’ils puissent passer à l’étape suivante et faire repartir leur économie, car aucune démocratie véritable ne peut s’instaurer si les rouages de la machine sont grippés. Ils s’y attellent, bien sûr, mais ils ont aussi besoin du soutien de tous les amis qu’ils comptent de par le monde. Que ceux qui aiment l’Egypte et l’ont déjà visitée continuent de s’y rendre, ils l’aimeront davantage encore qu’ils ne l’aimaient déjà malgré l’ombre d’un régime autoritaire ; quant à ceux qui ont toujours ambitionné de la découvrir sans jamais sauter le pas, qu’ils n’hésitent pas à concrétiser leur rêve, il ne saurait y avoir de meilleur moment maintenant que l’espoir renaît – ils y trouveront un peuple accueillant, hospitalier, et plus souriant aujourd’hui que jamais…

© Khaled Osman

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Les Nuits menacées, épilogue…

Dans l’affaire des Mille et une Nuits, le Procureur général ‘Abdelmaguid Mahmoud a décidé le 7 juin 2010 de « classer les investigations »,  opposant ainsi une fin de non-recevoir au collectif d’avocats à l’origine de la plainte.  A noter que lesdits avocats se font appeler  Muhâmûn bilâ quyûd ( « Avocats sans entraves »), qu’on pourrait également traduire par « Avocats déchaînés » quand on sait qu’ils réclamaient non seulement que l’oeuvre soit retirée du marché, mais aussi que les responsables de la collection (publique) à l’origine de la réédition soient jugés au pénal, exposant ces derniers à une peine d’emprisonnement.

L’ordonnance de classement précise que

« cette oeuvre est imprimée depuis près de deux siècles [décryptage:  le fait que les plaignants semblent la découvrir maintenant permet de se figurer l'étendue de leur culture], que les Nuits ont été rééditées à de nombreuses reprises sans que la censure y trouve à redire, s’agissant d’une oeuvre du patrimoine qui est à mille lieues de l’idée d’attenter aux bonnes moeurs et de stimuler les bas instincts. »

Cette oeuvre doit donc rester accessible car elle

« représente un objet d’études utile et une composante essentielle de la culture populaire, au point d’avoir elle-même donné naissance à de nombreuses créations grandioses et inspiré maints grands écrivains pour écrire leurs chefs-d’oeuvre. »

Pour finir, le Parquet rappelle que

« ces motifs ont déjà été exposés en 1985 par le tribunal compétent lors de l’examen d’une plainte similaire »

et que

« la plainte actuelle n’apporte rien de nouveau à cette affaire qui s’était soldée par un non-lieu. »

C’est donc le soulagement dans les milieux intellectuels égyptiens qui,  il faut le dire, s’étaient remarquablement mobilisés pour la défense de la liberté d’expression et la libre circulation des oeuvres.  La vigilance reste cependant de mise car le dénouement n’aurait sans doute pas été aussi heureux s’il s’était agi d’une oeuvre contemporaine -  les Nuits ayant, en quelque sorte, été « sauvées » par leur appartenance indiscutée au patrimoine culturel arabe.

© Khaled Osman

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Les Nuits menacées…

En  marge de la polémique qui agite actuellement l’Egypte à la suite du dépôt d’une plainte visant à faire  interdire la réédition des Mille et une Nuits, la revue Akhbar el-Adab (les « Nouvelles littéraires ») dirigée par l’écrivain égyptien  Gamal Ghitany a publié un numéro spécial presque entièrement consacré à l’affaire et à l’importance des Nuits tant dans la culture arabe que dans la culture universelle.

C’est un numéro extrêmement riche, et il faudrait presque tout citer, mais puisqu’il faut bien faire une sélection, trois textes méritent d’être mis en avant:

- Tout d’abord, un article de Tareq al-Taher consacré aux démêlés judiciaires qu’avaient déjà connus les Nuits en 1985.

Si les chefs d’accusation étaient similaires (obscénité, atteinte aux bonnes moeurs, etc.), les circonstances étaient alors quelque peu différentes puisque la plainte initiale avait été déposée par un officier de police affecté à la Protection des mineurs,  sur la base d’investigations secrètes, tandis que la plainte actuelle émane d’un collectif d’avocats (proches des milieux islamistes) qui a entouré son action d’une publicité tapageuse, selon un schéma désormais tristement familier.

L’auteur rappelle que l’éditeur avait été condamné en première instance sur la base d’une contradiction décelée dans ses propos: alors qu’il proclamait avoir agi pour préserver une oeuvre du patrimoine littéraire, les investigations démontraient qu’il s’était permis de procéder à des « corrections » dans le texte afin de remplacer les formules les plus grivoises par d’autres moins choquantes. L’argument de la préservation étant désormais caduc, les changements opérés prouvaient que le texte était bel et bien obscène, puisque même un homme attaché à la valeur de l’oeuvre avait jugé nécessaire d’en atténuer la salacité. Cependant, lors du réexamen de l’affaire en appel, le juge Sayyed Mahmoud Youssef avait asséné une véritable gifle à l’accusation, estimant que

« quiconque [ne] voit dans les Nuits [qu']un ouvrage destiné à stimuler les instincts sexuels »

ne pouvait être qu’un

« imbécile doublé d’un malade, dont le jugement doit donc être purement et simplement ignoré au moment d’évaluer une oeuvre littéraire aussi remarquable ».

- Ensuite, un texte de Gamal Ghitany intitulé « Une vie avec les Nuits ».

Après avoir évoqué la manière dont il a fait connaissance avec l’oeuvre:

« Ma découverte des Nuits a été un événement marquant de mon existence; je les ai lues avant l’âge de dix ans, et ma virginité de lecteur était telle que je vivais véritablement les récits plus que je ne les lisais, si bien que je frémissais au contact de Sheherazade et de sa soeur Doniazade, ou encore poussais un hoquet de stupéfaction au moment où l’oiseau Rokh prenait son envol avec Sindbad cramponné à ses flancs. Je m’émerveillais de ces mondes magiques qui, sans équivalent dans le domaine du réel, formaient un véritable univers parallèle. »

Ghitany décrit, un peu plus loin, la place que les Nuits continuent d’occuper à ses yeux:

« Par la suite, j’ai relu les Mille et une Nuits à de nombreuses reprises, et chaque fois, j’y découvrais quelque chose de nouveau, une dimension qui m’avait échappé, un niveau de lecture inédit.  [Quand je suis devenu écrivain], les Nuits sont restées au fronton de ma conscience comme l’objectif  que je devais tenter de dépasser.  Je savais pertinemment que c’était impossible,  bien sûr, mais je dois avouer qu’après plus d’un demi-siècle d’écriture, je n’ai pas abdiqué cette ambition – sait-on jamais! »

- Enfin, une lettre de Hanan el-Cheikh.

La revue a sollicité la contribution d’un certain nombre d’écrivains du monde arabe et, parmi eux, la romancière libanaise – auteure, entre autres, de Femmes de sable et de myrrhe – a répondu sous la forme d’une (magnifique) lettre ouverte:

« Mon Egypte bien-aimée,

Je voudrais confier à ton oreille un secret. Autrefois, tout comme ma mère m’avait nourrie de son lait, ce qui a permis au calcium de raffermir mes os, tu m’as toi-même allaitée de ton patrimoine littéraire et ce faisant, tu m’as permis de vivre.

Ce n’est pas ma génération à moi que l’interdiction des Mille et une Nuits affectera, puisque ces nuits ont circulé dans nos veines et nos artères,  qu’elles se sont insinuées dans notre vie quotidienne et ont forgé notre éducation. En revanche, tu peux être sûre que  leur disparition du paysage ne laissera aux générations encore tendres que des cendres en lieu et place de la passion, que du  dégoût et du désespoir quand elles s’apercevront que les Nuits - qui s’étaient épanouies aux siècles révolus avant de se déployer sur toute la planète  – ont été frappées par la foudre dans cette époque présente où l’on est pourtant capable de déambuler à la surface de la Lune.

C’est pourquoi je t’adjure, mon Egypte bien-aimée,  de laisser l’interdiction des livres à d’autres pays, ceux qui ignorent le sens du mot « patrimoine » et la jouissance qu’on éprouve à tourner, le coeur frémissant, les pages des Milles et une Nuits. Ainsi resteras-tu à jamais pour nous, ô Egypte, la mère du monde. »

Source:  Akhbar el-Adab (en arabe), numéro spécial du 9 mai 2010.

© Khaled Osman

P.S. : voir le dénouement de l’affaire ici.

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Notes de bas de page: not too many

(Re)tombé sur L’oeuvre posthume de Thomas Pilaster, d’Eric Chevillard (1999, Minuit).

Pour rappel, l’argument du livre est le suivant: un vague « ami » de Pilaster décide de publier de manière posthume les travaux de ce dernier, qui pourtant, avant de mourir, avait expressément demandé que ceux-ci soient détruits.

L’ami en question fait précéder les textes d’une « Note à la présente édition », dans laquelle figure ce paragraphe :

« Nous avons jugé utile en quelques occasions d’éclairer le lecteur par des notes de bas de page: nous les avons souhaitées aussi rares que possible afin de ne pas épaissir davantage un volume suffisamment abondant. Parfois, cependant, elles nous ont paru nécessaires pour une meilleure compréhension et une plus juste appréciation des textes ».

Jusqu’ici, rien d’anormal: quel est le traducteur qui n’a jamais été amené à rédiger ce genre de remarque, tout en se donnant bonne conscience sur la base des mêmes arguments?

Là où l’affaire prend tout son sel et l’humour de Chevillard toute sa férocité, c’est que les notes qui accompagnent lesdits textes ne sont ni rares (elles sont même pléthoriques),  ni aucunement « nécessaires à la compréhension des textes » (qu’elles viennent même parfois dénigrer vertement).

Exemples choisis au hasard:

« 16 mai. Rencontré la fameuse Lise. Evidemment…* »

____________

* Quoi?

Ou bien:

« Six francs le brin de muguet – tendez l’oreille, vous entendrez râler les pâquerettes* »
___________

* Non.

Ou encore:

« Lise à longueur de journées, à longueurs de nuits, et de haut en bas: je mesure ma lâcheté.* »

__________

* Pilaster fut long à se déclarer, ayant sans doute de bonnes raisons de craindre un refus, d’excellentes raisons même, lesquelles pourtant Lise refusera de considérer sereinement.

De quoi être encore plus vigilant face à l’abus des notes de bas de page!

© Khaled Osman

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Plagiomnie contre plagiat psychique

La querelle entre Camille Laurens et Marie Darrieussecq, qui avait porté la violence symbolique au plus haut degré qu’on puisse concevoir entre deux auteurs, n’est pas encore vidée.

Pour ceux qui auraient passé ces trois dernières années sur la planète Mars, rappelons les faits. En  2007, Marie Darrieussecq publie un nouveau roman, Tom est mort, qui tourne autour de la douleur d’une mère perdant son enfant.  Or, Camille Laurens avait publié en 1995 un récit intitulé Philippe – sur une tragédie similaire, mais vécue par son auteure dans la « vraie vie ».  Le fait est que Marie Darrieussecq n’a jamais caché son admiration pour Philippe, qui était même une des raisons qui l’ont poussée à rejoindre POL, celui-ci devenant ainsi leur éditeur commun.  Dans un texte paru dans  La Revue littéraire ( « Marie Darrieussecq ou le syndrome du coucou »), Camille Laurens affirmait avoir ressenti,  à la lecture de Tom est mort , « une sorte de plagiat psychique », de « piratage », et accusait sa consoeur de l’avoir dépossédée de son histoire. Elle relevait par ailleurs la gêne qu’elle avait perçue chez Marie Darrieussecq qui, au lieu de lui en parler ou de lui envoyer son livre, l’aurait consciencieusement évitée, tout comme leur éditeur.

Bien que n’étant pas, loin s’en faut, un lecteur assidu de l’une ni de l’autre (je n’ai lu que Truismes d’un côté, Dans ces bras-là de l’autre, avec des impressions plus que mitigées), je dois dire que cette querelle m’a interpellé en ce qu’elle touche à la notion passionnante, ambiguë mais aussi mouvante en fonction des époques, de propriété littéraire.

L’acte d’accusation dressé par Camille Laurens, lu à l’époque, m’avait laissé une drôle d’impression. Comme beaucoup, je trouvais cette accusation de « plagiat psychique » totalement abracadabrante: comment peut-on être écrivain et exiger des autres qu’ils s’abstiennent d’écrire sur ce qu’ils n’ont pas eux-mêmes directement vécu? L’idée me paraissait totalement antinomique avec la notion même de littérature. Néanmoins, c’était un beau texte, très bien écrit (si j’étais méchant, je dirais « mieux que ses romans », mais je ne suis pas comme ça), manifestement sincère. Et puis, je trouvais que, même si le « plagiat psychique » ne tenait pas debout, tous ces griefs précisément énumérés ne pouvaient être balayés d’un revers de la main.

J’ignorais à l’époque que Marie Darrieussecq avait déjà subi des accusations similaires de la part de Marie Ndiaye, qui avait trouvé dans Naissance des fantômes des similitudes frappantes avec l’un de ses romans et le plan d’un autre. En fait, la charge de Marie Ndiaye qui, n’étant pas marquée comme Camille Laurens par un événement tragique, a pu prendre plus de recul, relevait plutôt de la colère froide:

«Un matin, nous nous sommes sentis mal, mon mari et moi. Lui avait l’impression d’être veuf, moi d’être morte. C’était à cause des fleurs, à cause des couronnes que me tressait madame Darrieussecq sitôt qu’elle avait à parler de son dernier roman, Naissance des fantômes (P.O.L). Ces éloges insistants avaient quelque chose de bizarre, de très désagréable [...] De plus, comme il montait de dessous les fleurs une vilaine odeur de soupe, il fallait y voir de plus près. Je me procure donc le livre en question. Au fil des pages, je me retrouve dans la position inconfortable et ridicule de qui reconnaît, transformé, trituré, remâché, certaines choses qu’il a écrites.

Marie Ndiaye, sachant pertinemment que les éventuels emprunts étaient bien trop diffus pour fonder une procédure en plagiat, récusait ce dernier terme pour invoquer une notion moins juridique mais bien plus infamante:

Aucune phrase, rien de précis: on n’est pas là dans le plagiat, mais dans la singerie. A cette heure, suffisamment de critiques ont jugé l’ouvrage («Naissance des fantômes fait irrésistiblement penser à l’univers de Marie NDiaye», le Journal du dimanche. «Naissance des fantômes peut, en maints endroits, passer pour un pastiche de la Sorcière (Minuit)», l’Evénement du jeudi), pour que je m’abstienne d’en rajouter, comprenant trop bien pourquoi mon nom est cité à tire-larigot par madame Darrieussecq, entre un compliment à monsieur Juppé et une opportune évocation de la Shoah. Alors, assez! Assez de ces basses pratiques dont le milieu littéraire et mondain, de Beyala à Gaillot, a donné ces derniers temps de pitoyables exemples. On ressent dégoût et colère de se voir contre soi mêlé à de sordides reptations mercantiles, de découvrir qu’on vous couvre de fleurs pour confortablement vous marcher dessus, et on le dit.»

Evidemment, on ne pouvait s’empêcher de penser que le terme de « singerie » n’avait pas été choisi par hasard, qu’il y avait  là un retournement assez ironique de l’assimilation (traditionnelle dans la « pensée » raciste) des Noirs à des singes, quand bien même Marie Ndiaye (née à Pythiviers d’une mère française et d’un père sénégalais qu’elle a peu connu)  s’est toujours abstenue de se définir par rapport à d’éventuelles « racines » africaines.  Mais au-delà, il y avait dans ces accusations une charge beaucoup plus terrible que ne l’aurait été une action en justice, forcément discutable. Au fond, en se plaçant sur le terrain de la morale (malhonnêteté intellectuelle et manoeuvres mercantiles), l’auteure de la Sorcière frappait bien plus fort, bien plus habilement que ne le ferait, quelques années plus tard, Camille Laurens.

Ce qui est certain, c’est que cette affaire a laissé, aussi bien chez l’accusée, qui a ressenti l’attaque de Camille Laurens comme  un « assassinat » symbolique, que chez  l’accusatrice, qui s’est vu signifier par son éditeur la fin de leur collaboration, des blessures profondes. A tel point que les deux écrivaines reviennent, en cette rentrée 2010, avec deux livres qui en portent respectivement la trace.

Marie Darrieussecq publie un essai intitulé Rapport de police, où elle analyse la notion de plagiat dans une perspective historique, proposant pour cela le néologisme de « plagiomnie », mot-valise construit à partir de « plagiat » et de « calomnie ».

J’ai écrit ce livre, dit-elle, pour me soigner thérapeutiquement et pour aider les futurs écrivains incriminés.

Sa querelle personnelle avec Laurens, si elle n’est pas éludée, est noyée au milieu d’une réflexion beaucoup plus large sur les utilisations de l’accusation de plagiat dans l’histoire littéraire.

Camille Laurens, elle, fait paraître Romance nerveuse, une « fiction » où  la querelle est revécue par personnages interposés. Le personnage de la romancière rivale est seulement accusé de « singerie » (avec le recul, Camille Laurens a sans doute préféré adopter cette qualification, bien plus pertinente que celle de « plagiat »). Mais c’est surtout le personnage de l’éditeur, dont l’attitude a été vécue comme une trahison, qui est au coeur du roman, où il est également question d’une humiliante romance avec un paparazzo sans scrupules (pléonasme).

Affaire à suivre donc…

© Khaled Osman

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Nous prendrait-on pour des mal-comprenants?

Sous ce titre (que les nostalgiques de Coluche auront con-pris), une légère pointe d’agacement.

Le nouveau film de Radu Mihaileanu, Le Concert, à partir d’un scénario magnifique, nous offre deux heures de très beau spectacle où alternent rire et larmes, finesse et outrance, cruauté et délicatesse. L’argument  est le suivant:

A l’époque de Brejnev, Andrei Filipov était le plus grand chef d’orchestre d’Union soviétique et dirigeait le célèbre Orchestre du Bolchoï. Mais après avoir refusé de se séparer de ses musiciens juifs, dont son meilleur ami Sacha, il a été licencié en pleine gloire. Trente ans plus tard, il travaille toujours au Bolchoï mais… comme homme de ménage.
Un soir, alors qu’Andrei est resté très tard pour astiquer le bureau du maître des lieux, il tombe sur un fax adressé au directeur : il s’agit d’une invitation du Théâtre du Châtelet conviant l’orchestre du Bolchoï à venir jouer à Paris… Soudain, Andrei a une idée de folie : pourquoi ne pas réunir ses anciens copains musiciens, qui vivent aujourd’hui de petits boulots, et les emmener à Paris, en les faisant passer pour le Bolchoï ? L’occasion tant attendue de prendre enfin leur revanche…

C’est donc un film formidable qu’il faut voir toutes affaires cessantes. Mais je ne suis pas là (que) pour vous parler toiles….

Pour mettre en oeuvre la folle idée qui a germé dans leur esprit, Andrei et Sacha recrutent Ivan « KGB » Gavrilov, pourtant détestable apparatchik, pour une raison très précise: sa maîtrise supposée du français (   « Il parle le français mieux que Molière » )  va lui permettre de « manager » le fameux concert et de  traiter avec le théâtre du Chatelet.

Or, et c’est un des ressorts comiques particulièrement efficaces du film, le français que parle Gavrilov (ainsi que tous les protagonistes russes) est délicieusement suranné et caricaturalement compassé, c’est un français appris une trentaine d’années plus tôt dans les classiques et restitué tant bien que mal.

Quelques exemples, exclusivement tirés de la bande-annonce (si vous en voulez plus, allez voir le film!):

Le fameux Gavrilov, donc, s’adressant au directeur du Châtelet:

« J’aimerrais m’entrrretenirrr corrrrdialement avec Monsieur Douplessiss. Pouvez-vous m’intrrrroduire, s’il vous sied? »

ou bien Andreï Filipov, rencontrant pour la première fois la soliste qu’il a choisie:

« Je vous baise… chaleurrreusement ».

Outre leur effet comique, ces décalages linguistiques sont particulièrement bien vus, le français enseigné à l’étranger étant souvent quelque peu livresque et figé dans une certaine époque, de sorte qu’il n’a pas « profité » des évolutions de la langue contemporaine. En plus du décalage temporel, il y a aussi le fait que le français est généralement perçu par les étrangers comme une langue élégante et aristocratique. Rappelons que le français était la langue de la haute société russe (et de nombreuses cours monarchiques), et que parler le français continue dans beaucoup de pays – jusque sur les plages huppées d’Alexandrie par exemple - de faire très chic. Pour atteindre l’effet désiré, les locuteurs étrangers ont donc quelquefois eux-mêmes tendance à en rajouter, à en faire « un peu trop ».

Dans le cas présent, ce n’est pas seulement le décalage lexical qui crée la « bizarrerie », mais aussi l’accent des protagonistes russes lorsqu’il s’expriment avec leurs « r » amoureusement roulés et leurs « chtch » suavement chuintés. D’aucuns, dont je ne suis pas, appelleraient ça  « un accent à couper au couteau ». D’autres, dont je suis encore moins, ajouteraient: « Les Russes, quand y en a un, y a pas de problème, c’est quand… »

Arrivé à ce stade, le lecteur de ce billet, peinant à contenir sa curiosité, se demande fébrilement d’où vient l’agacement annoncé dans mes premières lignes… Pour ne pas le laisser plus longtemps sur des charbons ardents, j’en arrive au fait.

L’agacement vient de ce que quelqu’un (le producteur, le distributeur, n’importe qui), quelque part, peut-être dans un moment d’ébriété, a décidé que les protagonistes russes parlant français devaient être sous-titrés en français. Oui, vous avez bien lu: sous-titrés de français en français.

Est-ce parce que leur français est, comme nous l’avons vu, quelque peu suranné? Sans doute pas, puisque les sous-titres se contentent de transcrire à l’identique les propos des personnages, sans – Dieu merci, car ç’eût été encore pire – les traduire en français moderne.

Non, si leurs propos sont sous-titrés, c’est juste pour décrypter ce qu’ils articulent,  supposé  inintelligible  en raison de leur accent.  Jusqu’ici, cette pratique (de m….) nous avait été épargnée au cinéma, elle était réservée… à la télévision. Celle-ci a en effet pris depuis quelques années la stupide habitude de sous-titrer stupidement dès lors que le locuteur ne parle pas le français comme un résident des beaux quartiers parisiens. Ainsi  se retrouvent pêle-mêle stigmatisés… euh sous-titrés: les provinciaux, les banlieusards, les pauvres en général, les Français un peu colorés des Antilles ou de la Réunion, ou encore les immigrés (surtout s’ils viennent du Sud ou de l’Est – l’accent anglais, par exemple, pas nécessairement plus facile à décrypter, étant curieusement dispensé de sous-titrage).

Cette pratique manifeste en réalité un double mépris:

- mépris à l’égard du locuteur, c’est une manière de dire: « toi mon gars, on comprend rien à ce que tu dis. » S’il est français, ça conduit à l’exclure un peu plus en soulignant qu’il appartient à l’une des catégories sus-énumérées. S’il s’agit d’un étranger, il doit se demander à quoi lui sert de s’être « décarcassé » à apprendre notre langue, puisqu’il se retrouve à l’arrivée tout autant sous-titré que s’il s’était exprimé dans la sienne.

- mépris à l’égard du récepteur, soit qu’on le considère comme incapable de  faire l’effort de compréhension minimal requis, soit qu’on ne veuille pas épuiser son « temps de cerveau disponible » pour autre chose que ce qu’on en attend ultimement, à savoir la compréhension des seuls messages publicitaires.

En plus d’être infamante, cette pratique est dangereuse à terme, puisque la compréhension des propos teintés d’accent est essentiellement affaire d’exercice (de l’oreille) et d’habitude. La facilité offerte par les sous-titres rendra donc toute compréhension future encore plus difficile.

En d’autres termes, les mal-comprenants vont devenir… encore plus mal-comprenants (je ne sous-titre pas).

© Khaled Osman

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Traduit de l’allemand (Japon)

Cette mention n’est pas une boutade ni une coquille. Elle figure sur la couverture du nouveau livre de Yoko Tawada, romancière  japonaise aujourd’hui installée en Allemagne, intitulé Le Voyage à Bordeaux (Editions Verdier, 2009, traduit par Bernard Banoun). Bien que continuant à publier en japonais, Yoko Tawada a écrit ce livre ainsi que plusieurs autres en allemand. Les questions de langue ne relèvent pas seulement du contexte d’écriture, elles sont au coeur du roman, comme l’indique le résumé ci-dessous: 

Dans ce nouveau roman, elle s’invente un double, Yuna, Japonaise venue comme elle étudier en Allemagne et résidant à Hambourg. Yuna souhaite changer d’horizon : son amie Renée lui propose de se rendre à Bordeaux pour y apprendre le français en logeant dans la maison laissée vacante par son beau-frère, Maurice. Accueillie par celui-ci, Yuna découvre Bordeaux, mais parcourt surtout au fil des pages le labyrinthe de ses souvenirs faits de multiples rencontres, d’amitiés durables ou éphémères. Sur son carnet, les idéogrammes de sa langue maternelle lui servent encore de fragile aide-mémoire. À la Piscine Judaïque de Bordeaux, Yuna perdra le dictionnaire allemand-français qu’elle avait emporté avec elle, emblème des repères incertains qui permettent le passage d’un monde à l’autre. Car ce voyage est pour l’héroïne un itinéraire initiatique, une mise à l’épreuve, et pour Yoko Tawada une manière de renouveler et de subvertir la tradition du roman d’apprentissage.

Yoko Tawada, par le biais de son double, ne cesse en effet de commenter son rapport à la langue, à l’apprentissage des mots, à leur sonorité comparée dans les différents idiomes, etc. Par ailleurs, la mise en page, très belle,  reproduit une série d’idéogrammes qui sont intégrés à l’histoire.

La mention « traduit de l’allemand (Japon) »  invite,  au-delà même de ce projet particulier, à d’autres réflexions.

Remarquons tout d’abord qu’on s’est habitué depuis une vingtaine d’années à préciser le pays auquel est rattachée la langue d’écriture. On a vu ainsi fleurir les livres traduits par exemple de l’anglais (Australie) ou de l’allemand (Autriche), parfois jusqu’à l’absurde. Pourquoi dans ce cas ne pas mentionner pour les traductions en d’autres langues de Zola ou de Balzac  « traduit du français (France) »? Le mentionner est absurde, mais s’abstenir alors qu’on le fait pour tous les autres français parlés ailleurs n’instaure-t-il pas une sorte de hiérarchie, comme si le français de France était le seul véritable français et, à ce titre, le seul qui mérite d’être dispensé de toute mention? Les Suisses ou les Québecquois ne seraient-ils pas fondés à protester?

L’exemple de l’arabe est également intéressant. Autrefois, un livre écrit dans cette langue était simplement « traduit de l’arabe », et cette mention semblait suffisante. Elle l’était d’autant plus que l’arabe littéraire est une langue relativement homogène d’un pays à l’autre, contrairement à l’arabe parlé qui, lui, se décline en une multitude de « patois » différents, d’autant plus différents qu’ils sont éloignés géographiquement. Ainsi, l’arabe parlé au Maroc est-il à ce point différent de celui parlé au Soudan ou au Yemen que des locuteurs de ces pays s’exprimant en pur patois risquent fort de ne pas se comprendre.  Pourtant, la pratique s’est aujourd’hui installée de préciser quasi-systématiquement le pays d’origine. En fait, cette précision n’est justifiée que pour ceux de ces romans qui sont partiellement (au moins dans les dialogues) ou complètement écrits en arabe dialectal.  Pour des livres entièrement écrits en arabe littéraire (y compris, par convention, dans les dialogues), la précision ne s’imposerait pas, du moins linguistiquement.

Cette réflexion vaudrait probablement aussi pour beaucoup d’autres langues. Seuls devraient porter ladite mention les livres traduits d’une langue dont la déclinaison dans ledit pays est tellement spécifique qu’elle pourrait presque être considérée comme une langue différente.  Pourtant, la mention continue d’être portée sur la quasi-totalité des livres. A cela, il y a peut-être une raison pratique: les éditeurs y voient le moyen pour le lecteur de « situer » immédiatement l’ouvrage. En lisant sur la couverture « traduit de l’anglais (Inde) » ou « traduit de l’espagnol (Argentine) », on connaît immédiatement la provenance - du moins linguistique – du texte, ce que le seul nom de l’auteur, particulièrement s’il n’a pas encore de notoriété, ne suffirait pas toujours à établir.

Cette pratique semble être relativement hexagonale. Sauf erreur, les anglo-saxons traduisant par exemple un auteur belge francophone n’ont pas pour habitude d’indiquer « translated from the French (Belgium) ».  Comment réagirait-on si la traduction en anglais du Nedjma de Kateb Yacine indiquait « translated from the French (Algeria) »? D’ailleurs, cet exemple aide à voir à quel point une telle mention est parfois incongrue: la seule précision qui s’impose,  s’agissant de Nedjma, est que ce livre est écrit dans un français… magnifique. Bien sûr, le roman exsude l’algérianité par tous les pores – à tel point qu’on a pu le considérer comme emblématique d’une certaine expression algérienne -, mais c’est moins la syntaxe ou le lexique qui sont ainsi teintés que la construction du roman et l’univers mental des personnages. A l’inverse, une traduction d’Alain Mabanckou dans une autre langue gagnerait sans doute à préciser qu’il s’agit d’un français d’Afrique ou du Congo, tant sa langue est marquée par les particularismes linguistiques de cette région (sans parler du fait que Mabanckou vit dans la partie anglophone du Canada… mais ne compliquons pas!)

Si nous  revenons, pour finir, à l’exemple du « traduit de l’allemand (Japon) », ne serait-ce pas l’occasion de lâcher la bride à l’imagination pour envisager les réconciliations les plus insolites:  traduit du kurde (Turquie), du persan (Etats-Unis), de l’hébreu (Palestine)  ou de l’américain (Cuba)? Ce serait en tout cas une façon de montrer que les langues, elles, ne sont pas en guerre…

© Khaled Osman

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Et maintenant, le blog!

Bonjour à tous,

Je viens de créer mon blog, mais pour l’instant, je dois encore maîtriser la bête. Je posterai de temps en temps des réflexions autour des textes et de la traduction littéraire…

Vos commentaires sont évidemment les bienvenus!

A bientôt donc…

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